• Chapitre II : Le voyage (2ème partie)

    CHAPITRE II : Le voyage (2ème partie)

    Beaucoup plus tard, exténués ils arrivèrent enfin en vue de l’autocar, déjà surchargé de passagers. Mais plus impressionnant encore était le toit du véhicule qui abritait une multitude d’objets, si bien que nos amis se demandèrent s’ils parviendraient à trouver place au sein de ce capharnaüm. Grâce à l’échelle située à l’arrière de l’autobus, ils grimpèrent sur le toit sans attirer l’attention des badauds. À peine furent-ils installés que le car démarra bruyamment soulevant au passage un nuage de poussière et dégageant une fumée noirâtre. Sans encombre, ils gagnèrent la sortie de la ville passant au travers de la circulation composée principalement de motos.

    (Copyright Zohra Lacal 2007)

    À l’intérieur du véhicule, les passagers commençaient à s’agiter ; un bébé pleurait sans discontinuer tandis que sa mère tentait de le calmer ; des jeunes filles chantaient en choeur une chanson populaire ; un homme éternua puis se moucha violemment ; une vieille femme cracha par la fenêtre sa chique de bétel qui heurta de plein fouet un cycliste. Zébu et Moineau se régalaient de ces petits riens qu’ils découvraient avec curiosité. Les rizières avaient fait place aux immeubles gris et souvent délabrés. Les paysans, coiffés du traditionnel chapeau conique, s’activaient avant la tombée de la nuit pour récolter le riz indispensable à leur alimentation.

    D’autres, sur le bord de la route, reconduisaient tranquillement les buffles qui avaient traîné la charrue toute la journée. Plus loin, ils aperçurent une petite fille qui tentait à grand peine de maintenir au pas, tout en gardant le rang, une troupe de canards. Pour la première fois, les enfants découvraient la campagne et ses charmes, et à mesure qu’ils cheminaient, ils se réjouissaient de ces quelques jours de vacances au grand air.

    Les maisons des paysans s’alignaient irrégulièrement au bord de la route qu’elles soient construites en bois ou en briques. Toujours, les sourires s’affichaient en direction des passagers du car et la bonne humeur fleurait bon dans l’air chaud de cette fin de journée. Enfin le chauffeur stoppa dans un petit bourg où les voyageurs purent se restaurer et se dégourdir les jambes. Les uns se ruèrent sur une bière fraîche ou sur un thé glacé tandis que les autres avalèrent goulûment des Banh Bao(3). Nos amis furent tentés de descendre, mais la peur de manquer le départ les encouragea à n’en rien faire.

    (Banh Bao)

    Puis le conducteur signala aux voyageurs qu’ils devaient reprendre place et l’autobus repartit alourdi de calories supplémentaires. La route était en piteux état, aussi le chauffeur roulait-il avec une extrême prudence. Pourtant, au détour d’un virage, une roue s’enchâssa dans une ornière manquant de justesse verser car et passagers dans le fossé. Mais tout rentra bien vite dans l’ordre, il y avait eu plus de peur que de mal. Nos amis, couverts de poussière, éternuaient à qui mieux mieux en espérant voir bientôt la fin du voyage. Alors que l’autobus doublait un vélo, Zébu et Moineau furent abasourdis en apercevant le chargement du cycliste.

     - Je rêve ! Il déménage toute sa maison sur son vélo comme un escargot, s’étonna l’oisillon.

     - Tu as raison, sur le côté gauche il a deux chaises, de l’autre au moins dix poulets attachés par les pattes, et sur le porte-bagages trois valises surmontées d’un panier de fruits, constata Zébu.

     - Non mais regarde ! s’écria Moineau. Le pire c’est qu’il y a un petit garçon sur le guidon qui tient un canard dans chaque main, il doit avoir les fesses en marmelade. Heureusement que le bonhomme n’a pas de filles sinon il n’aurait pu les mettre que sur les pédales et là je ne sais pas comment il aurait fait pour avancer.

    Mais rapidement le cycliste ne fut plus qu’un minuscule point sur la route tandis que l’autobus cheminait à vive allure dans une ligne droite. Soudain, un « boum » assourdissant retentit à l’avant du véhicule et le chauffeur freina subitement dans un effroyable crissement de pneus.

    - Que se passe-t-il ? interrogea Gibbonnette.

     - Je crois qu’une des roues avant vient de crever, avança Zeus.

     - Ho la la ! s’écrièrent en choeur Zébu et Moineau. Nous sommes en pleine campagne, comment vont-ils pouvoir trouver un garage ? Nous allons rester bloqués pendant des heures, c’est la catastrophe.

    Un à un les passagers évacuèrent le véhicule sans manifester le moindre mécontentement. Ils entendirent le chauffeur demander à chaque voyageur de reprendre son bagage afin d’alléger la charge de l’autocar.

     - Filons avant qu’on nous découvre ! grommela Gibbonnette.

    En catimini, ils descendirent le long de l’échelle et se cachèrent dans les fourrés. À leur grand étonnement, ils virent revenir le chauffeur quelques minutes plus tard, accompagné de deux hommes qui ressemblaient étrangement à des mécanos. Ils extirpèrent de leurs cabas cric et chambre à air, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’autocar fût prêt à reprendre la route.

     - Mais d’où sortent-ils ces garagistes ? interrogea Moineau.

    Zeus, qui avait beaucoup voyagé, lui apprit alors que les routes vietnamiennes étaient peuplées de petites baraques abritant des ouvriers très qualifiés et bien outillés. Ils pouvaient à peu près tout réparer à condition de ne pas être pressé.

     - C’est rudement pratique, déclara Zébu.

     - Oui c’est très utile car l’état des routes est tel que la plupart des véhicules n’arrivent pas d’une traite à destination, expliqua Zeus.

     - Je pense qu’il nous faut à présent remonter, car les bagages ont été réinstallés sur le toit, conseilla Zoé.

    Puis l’autobus reprit son chemin comme si de rien n’était. Peu après, ils entendirent le chauffeur crier à l’attention des passagers :

     - Cu Chi, Cu Chi, quinze minutes d’arrêt.

    Ils sautèrent rapidement sur le bas-côté et scrutèrent les environs à la recherche de Gibiline qui devait les accueillir. De l’autre côté de la route, ils aperçurent enfin un singe qui leur faisait des signes. À part Gibbonnette, tous furent frappés par la ressemblance des deux soeurs.

     - C’est stupéfiant ! s’exclama Zébu.

     - Incroyable ! renchérit Moineau. On dirait qu’il y a deux Gibbonnette.

    Prudemment ils traversèrent la route et allèrent à la rencontre de Gibiline. Sa soeur fit les présentations et tous se sentirent immédiatement à l’aise en présence de la jumelle. Ses mimiques étaient les mêmes que celles de Gibbonnette ; à la première grimace ils éclatèrent de rire ce qui détendit un peu plus l’atmosphère.

     - Je suis très heureuse de vous voir tous ici, car les événements ont connu ces derniers temps des rebondissements spectaculaires. Votre aide me sera précieuse, j’avoue que cette énigme me déroute totalement.

     - De quoi s’agit-il ? questionna Zébu impatient.

     - Avant de vous raconter cette étrange histoire, laissez-moi vous conduire chez ma maîtresse où vous pourrez manger et boire à satiété. Il me semble également qu’un bon bain ne serait pas superflu car vous êtes sales comme des gueux !

    Zébu et Moineau rongeaient leur frein de curiosité, mais ils se résignèrent à suivre les conseils de Gibiline. Ils se demandaient toujours quel était ce mystère tout en étant fermement résolus à le percer.


     

    (3)Petite brioche à base de farine de riz, fourrée de viande hachée et d’un oeuf de caille.

    ©zebuchaton.com 2010


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :